L' ÂGE D'OR   /  film & performance  (2018 )

Ce projet évoque le mythe d’une humanité idéale, mais normée, pour exalter les particularités sensorielles et physiques d’enfants handicapés moteurs. Ce travail associe techniques de danse et technologie : des lunettes homemade de type «oculus» permettent aux enfants de voir en temps réel ce que voient les danseurs. L’Âge d’or, de mythe devient songe, rappelant que tout rêve est un voeu selon l’oneiros grec, qui signifie aussi « ce qui dit l’être ».

Des premières recherches filmiques ont été réalisés en décembre 2016, suite à 60 heures d’atelier à l’Institut d’Education Motrice Saint Thys de Marseille, en étroite collaboration avec l’équipe médicale, avec le concours du festival de Marseille, du Ballet national de Marseille et du Klap - Maison pour la danse. Durant cette première phase de recherche, Eric MCC a invité différents artistes du champ du spectacle vivant (Silvia Costa, Aloun Marchal et Gaétan Brun Picard), un chercheur ingénieur Thomas Peyruse, une journaliste théoricienne en arts visuels, Marine Relinger, ainsi qu’un plasticien vidéaste, Marc Da Cunha Lopes, qui ont contribué au projet.

/Perspectives Dans un esprit d’émulation transverse et migratoire faisant référence au concept d’ « œuvre d’art totale », apparu au XIXe siècle, ce projet se décline en une série d’œuvres, embrassant et questionnant divers champs artistiques. Une recherche précédemment menée par Shonen, dans le cadre du précédent projet Kid Birds (avec des enfants primo arrivants autour de la chorégraphie de «Beach Birds» de Merce Cunningham), dont le processus littéralement d’image /mouvement a été une chaine de la création d’un court -métrage, d’une performance et d’une installation d’arts numériques.

//Le monde intérieur Faisant preuve d’une « porosité » particulière aux stimuli extérieurs, les enfants interrogent notre perception face à leur intensité sensible. Tels des corps dotés de capteurs sensitifs infiniment multipliés, ils évoquent un monde intérieur en mouvement chaotique permanent, un relief indéfini saturé de couleurs, des territoires aux formes et aux frontières mouvantes peuplés d’êtres hybrides mais plausibles (au sens de Montaigne, qui plaçait cette notion plus haut que le concept de « vérité »). Les spectres de l’Autre et du Même fondamental tiraillent la représentation et ces enfants, à la façon d’artistes brut, signent favorablement pour nous la fin d’un monde aux contours nets et définitifs.

///Le casque virtuel Les enfants handicapés portant des casques virtuels seront stimulés par un flux d’images qui leur sera « envoyé » par une camera portée par des danseurs à hauteur d’yeux. Les enfants verront donc par le biais des casques virtuels ce que les danseurs verront, initiant un « cycle du regard » associant les danseurs, les enfants et le public. Ainsi, les danseurs (avatar) souhaiteront représenter leur monde en mouvement aux enfants. Ces derniers, corps traducteurs, interprèteront leur point de vue vidéo, cherchant à laisser percevoir leur ressenti à la surface de leur corps. Ensemble, ces corps en mouvement des enfants formeront un nouveau paysage physique chorégraphié par les images envoyées des danseurs.
Ce paysage, éminemment empathique, est un paysage mental partagé et multiple. Le spectateur sans doute imaginera ce que les enfants « soumis » à cette expérience volontaire et littéralement excentrique (donc libératoire) ressentent, ce qu’ils voient, et formulera sa représentation personnelle de leurs besoins et ressentis.
De prime abord, des dualités - virtuosité / handicapé, imaginaire/ physique - apparaîtront frontalement, tel un processus expérimental thérapeutique issu d’un roman d’anticipation. Puis elles s’estomperont pour composer d’autres relations plus fines et sensibles, mettant en jeu les notions de réel et de virtualité, de forme et d’intériorité, de représentation et de perception.