est né le 12 octobre 1979, en Seine-Saint-Denis.
D’abord créateur dans le cinéma d’animation, il est diplômé en animation 3D à l’Ecole de l’image Les Gobelins, en dessin d’animation traditionnel au LTMA du Luxembourg et il a étudié la morphologie à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris.
Dessinateur de personnages et d’univers pour des séries animées à Mc Guff, Methodfilms, Cube ou Def2shoot, il coréalise le court métrage La Migration Bigoudenn, primé Jury honors aux Syggraph à Los Angeles, prix Canal + aux E-magiciens, et mention Electronica à Vienne en 2004.
Découvrant le hip-hop en 1997, il danse dans différentes compagnies hip-hop dont la cie MOOD de RVSIKA, parallèlement à sa carrière de graphiste. Il rencontre la danse contemporaine par le biais d’interprètes de Saburo Teshigawara ou de Win Vandekeybus - tels que Juha Marsalo -puis par la pratique de la danse Butoh (les chorégraphes Carlotta Ideka, et Gyohei Zaitsu) ; expériences auxquelles il relie ses pratiques d’arts martiaux passées et au style de danse Poppin’.
En 2011, il est invité à danser pour le plasticien chorégraphe Va Wolfl de NEUERTANZ pour la pièce "Ich sah: Das Lamm auf dem Berg Zion, Offb. 14,1".
Après un voyage à Los Angeles où il découvre le phénomène Krump, et à la suite de projets humanitaires et pédagogiques menés au Sénégal
et au Vietnam, il crée la compagnie SHONEN en 2007.
Entretien Eric Minh Cuong Castaing par Gilles Rondot, extrait du journal du CCN de la Rochelle, feフ」rier 2011
Tu parles du corps hip hop qui incarne selon toi l’appareil digestif des imaginaires audiovisuels et qui est repreフ《entatif de l’appeフ》it de consommation d’une jeunesse d’aujourd’hui... Peux-tu preフ…iser quel est ton rapport intime aフ la danse hip hop, est- ce un effet de geフ]eフ〉ation ou y a-t-il quelque chose de plus fort dans les eフ》ats de corps et la gestuelle?
J’ai commenceフ le hip hop en 1997 aフ Villepinte, mais d’autres pratiques ont eフ》eフ deフ》erminantes dans mon parcours, comme celles des arts martiaux, de la danse contemporaine, de la danse butoフ ...
Mon approche de la danse, aussi bien en tant que choreフ“raphe qu’en tant que danseur est faite de la confrontation de toutes ces pratiques, qui se sont deフ}laceフ‘s en moi, refusant de tracer une ligne claire, une origine ou une influence preフ…ise.
Cette surcharge d’influences, j’en parle dans Kaiju. D’une sorte d’indigestion d’images qui caracteフ〉ise notre monde. L’un des prismes par lequel je deフ」eloppe cette ideフ‘ est effectivement la danse hip hop, mais le travail du corps dans Kaiju, cette recherche d’un corps fantas- tique, vient autant du mimeフ》isme des images que du deフ》ournement des codes de la danse hip hop. Nous travaillons sur cela avec Gaeフ》an Brun-Picard, mon assistant choreフ“raphe, qui eフ」olue aフ la fois dans la danse hip hop et dans le Tanztheater et avec Salomon, danseur venant de l’underground et qui est preフ…iseフ[ent ce corps digestif.
Il y a dans le hip hop cette ideフ‘ que je trouve treフs belle qui est d’essayer de ne pas bouger comme l’autre. Ne pas bouger comme l’autre, mais se retrouver aフ un endroit de danse malgreフ tout, deフ…ouvrir un imaginaire commun : celui de la teフ〕eフ」ision, le cineフ[a, l’eフ…ole... Cette ideフ‘ de deフ}lacer pour mieux retrouver... Cela guide mon travail, et Kaiju en particulier, qui parle de l’image, des images, et qui, pour pouvoir le faire, doit toujours trouver les ressources du deフ…alage, de la prise de distance...
Comment te positionnes-tu par rapport aux arts plastiques, cherches-tu aフ te situer dans un croisement entre les arts plastiques et la danse et pourquoi ?
Mon premier deフ《ir puis mon premier meフ》ier a eフ》eフ de travailler dans le cineフ[a d’animation, en tant que dessinateur de personnages, les animer. Puis est venue l’animation 3D que j’ai eフ》udieフ‘ aux Gobelins il y a 7 ans. Treフs vite, j’ai voulu aller au bout du code de narration du cineフ[a qui m’eフ[eut en tant que spectateur mais qui me laisse sur ma faim quand je creフ‘ une image. Surtout depuis que j’ai travailleフ dans la publiciteフ qui produit des images qui touchent, mais qui touchent pour faire con- sommer.
Ainsi, mon processus choreフ“raphique et ma reフ’lexion sur la capaciteフ aフ produire de l’eフ[otion, viennent d’abord de mon histoire, de ma pratique de l’image - du cineフ[a, du manga, de la bande dessineフ‘ - avant celle de l’espace theフ‖フUral dans lequel ces questionnements sont finale- ment venus s’inscrire.
Sans doute parce que l’espace theフ‖フUral propose une
capaciteフ de chevauchement qui permet de mettre en regard ces questionnements et non d’y eフUre absorbeフ‘. Sans doute aussi parce que le plateau ouvre un espace de rencontre entre le public vivant et nous, tout aussi inconstants, qui souhaitons maiフUriser la perception du spectateur, l’abandonner dans un questionnement, un irreフ《olu...
Je crois en effet que c’est dans cette interrogation sur la narration qu’intervient le besoin du corps dans ma creフ‖tion, son inconstance, son indicible tension, sa veフ〉iteフ. Ce qui m’interpelle aujourd’hui est comment les choses du plateau glissent entre elles. Comment l’empathie du spectateur peut eフUre guideフ‘ vers un geste, un corps, une lumieフre ou une voix. Comment on peut travailler cette prise de relais, brouiller les pistes aussi et faire naiフUre de nouvelles associations d’ideフ‘s.
Parfois je recherche peu de choses dans la danse. Une simple preフ《ence, un regard, une graviteフ... Je crois que je me questionne sur l’ideフ‘ du spectaculaire. EnchaiフOer les images dans Kaiju serait justement jouer le jeu de ces images (entertainment) qui nous guident sans temps mort, sans cogitation possible.
Est-ce que ton rapport aux mangas est purement intellectuel ou lieフ aフ tes origines asiatiques ?
...I don’ t know... Notre compagnie s’appelle Shonen, c’est un mot japonais qui deフ《igne un genre de manga. Comme je le disais, je pense qu’on s’inscrit plus dans une ideフ‘ de croisement d’influences et d’images qui nous nourrissent quotidiennement que dans une identification ethnique. Je suis vietnamien, or les cultures vietnamienne et japonaise sont treフs diffeフ〉entes. Ce qui m’a attireフ dans le manga quand j’eフ》ais ado, c’eフ》ait que le heフ〉os eフ》ait nous-meフNe, paumeフ, qui essayions de nous surpasser, de surpasser notre condition sociale, humaine. De plus, le manga est une bande dessineフ‘ populaire et il y a un premier degreフ dans le pathos, dans la lecture rapide qui m’inteフ〉esse vraiment... Et une narration cineフ[atographique dans la construction du reフ…it avec les plans qui s’enchaiフOent tout en approchant des questions poli- tiques, et philosophiques. Je pense notamment aフ Akira d’Otomo Katsuhiro, une œuvre sur laquelle je m’appuie fortement pour la creフ‖tion de Kaiju. Je creフ‘ des images et parfois je me dis pourquoi recreフ‘r alors que tout est laフ, dans Akira... Peut-eフUre est-ce mieux d’injecter directement cette matieフre sur le plateau, de la faire se confronter aux autres. De la montrer telle qu’elle est, comme un fragment de notre culture, de notre monde qu’on importerait tel quel, sur sceフne. De voir comment elle parle et reフ‖git au contact des corps, de l’espace, de notre propre narration...C’est notamment pour cette raison que je travaille sur le mapping videフ{ qui permet de deフ’ormer cette image importeフ‘ par l’espace physique, reフ‘l, dans lequel a lieu le spectacle.
«Reporter de l’intime», j’aime bien cette formulation car les nouveaux moyens de communication ont plutoフU tendance aフ rendre les gens et les choses extreフNement superficiels, peux-tu en dire plus?
Tout d’abord, j’avais envie de m’emparer poeフ》ique- ment d’une notion “nouvelle technologie hype”: la reフ‖liteフ augmenteフ‘. La reフ‖liteフ augmenteフ‘, dans l’utilisation quotidienne, c’est filmer avec son teフ〕eフ- phone, ou sa tablette tactile, un lieu, une rue, un monument et recevoir des infos dessus par inter- net ou par GPS qui viennent se plaquer sur l’image filmeフ‘ par la cameフ〉a du teフ〕eフ}hone.
Maintenant, si on filme une personne, que voit-t- on sur l’image de son corps ? Des donneフ‘s de re- cherche Google, son profil Facebook, des tags ? Ses souvenirs, ses deフ《irs, qui s’imprimeraient sur son corps comme des tatouages ? Je ne sais pas si les moyens de communication ont tendance aフ rendre les gens superficiels, mais ils projettent vers l’exteフ〉ieur du corps ce qui fait notre intimiteフ. Les projections dans Kaiju traitent parfois de cette question : l’impression, la surimpression, les mots qui identifient et mappent le corps ou l’image du corps... Cela pose la question de ce qui nous identifie, comme sur le net, quelques photos, des liens, quelques mots tags qui nous syntheフ》isent...
La notion de reporter de l’intime exprime cファa, cette association entre intimiteフ et projection de cette intimiteフ. Elle renvoie aフ notre voyeurisme comme aフ notre exhibitionnisme.
L’ultra communication et les techno rencontres : as-tu une position critique par rapport aフ cela ouフ ne fais-tu que faire un constat ? quel est ton point de vue ?
Hmm... je pense que c’est plutoフU le bordel, c’est troublant comme on peut, par exemple, mettre en sceフne sa vie sur Facebook, par les videフ{s que l’on poste, les commentaires et les «j’aime».
C’est inteフ“reフ, c’est un quotidien, et c’est aussi treフs pratique, treフs rassurant d’eフUre toujours «lieフ» aux autres... J’ai grandi avec les premiers tchats et l’essor d’internet qui remplace le journal de 20h. Aujourd’hui, on apprend aフ la minute preフs qu’il y a un attentat, une famine, une eフ]ieフme usine-prison au bout du monde..
Mais prenons-nous plus parti, pouvons-nous prendre plus parti dans ce flot d’informations ? Car je me sens eフ“alement faire partie de cette geフ]eフ〉ation que l’on nomme dans la publiciteフ deフ}olitiseフ‘ «speed et enthousiaste». J’ai donc ce sentiment que l’on est dans une phase de digestion vers...
Ce qui ne veut pas dire qu’il faut attendre que cela se transforme tout seul : on participe aフ cette phase de digestion et on agit aフ notre eフ…helle pour pro- poser une alteフ〉iteフ, en questionnant sur le plateau les mouvements contraires qui nous parcourent. L’espace theフ‖フUral permet cela, ouvrir une zone de doute, un irreフ《olu.